Murigande boude Mbusa Nyamwisi
(L'Avenir Quotidien 25/07/2007)
* A l’invitation de la République démocratique du Congo, Charles Murigande, le ministre rwandais des Affaires étrangères était attendu à Kinshasa à la fin de ce mois * Mais, pour des raisons qui n’ont pas été élucidées, Murigande a fait volte-face en ajournant sa visite à plus tard * Pendant que Mbusa Nyamuisi répondait hier à une interview sur la Rtnc, une bande passante sur la chaîne nationale informait que l’homme d’Etat rwandais arrivera à Kinshasa au mois d’août prochain * Ce rapprochement rwando-congolais serait probablement la résultante du défilé à Kinshasa et à Kigali des diplomates de tous bords qui ont toujours prôné la solution politique aux problèmes de l’Est plutôt qu’à la lutte armée
Rien n’augure de bon dans un avenir très proche entre Kinshasa et Kigali. Les relations qui évoluent en dents de scie entre ces deux capitales risquent de se maintenir longtemps encore à leur niveau actuel qui est à l’affaissement, lorsque l’on scrute attentivement la correspondance échangée dernièrement entre les chefs de la diplomatie du Rwanda et de la République démocratique du Congo. Ce dernier qui n’est autre que le ministre d’Etat Antipas Mbusa Mbusa Nyamwisi en charge des Affaires étrangères et de la Coopération internationale avait invité à Kinshasa le ministre rwandais des Affaires étrangères Charles Murigande. La nouvelle a fait la une des journaux de Kinshasa. Et le public congolais en général et kinois en particulier s’attendait à accueillir ce ministre rwandais à la fin de ce mois de juillet. Mais, c’était sans compter avec le volte-face qui caractérise depuis un moment ces voisins de l’Est de la République démocratique du Congo. Le Rwanda vient de « refroidir » pratiquement le réchauffement des relations, tant souhaité par le Congo, entre ces deux pays. « Le ministre rwandais des Affaires étrangères reporte sa visite en Rdc à une date ultérieure », lit-on dans l’édition de l’Apa parue hier. Sans donner une quelconque raison à ce report, cette même dépêche livrée par l’Afp indique cependant que « le gouvernement rwandais (…) demande que les deux parties conviennent d’une autre date que celle aux alentours de la dernière semaine du mois en cours ». Dans sa bonne foi et soucieux de vivre en paix avec tous ses voisins, les autorités congolaises ne semblent pas trouver d’inconvénients jusqu’ici à cette réserve émise par le Rwanda qui avait pourtant « accueilli favorablement » l’invitation lui lancée par la République démocratique du Congo par l’entremise du ministre d’Etat chargé des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Mbusa Nyamwisi.
Maladresse et naïveté
On ne peut comprendre comment la Rdc a cru à cette visite du ministre rwandais Charles Murigande dans sa capitale en ce moment précis, si ce n’est pas de la naïveté. Ou bien émettre des avis aussi pacificateurs dans l’objectif de cette rencontre entre le chef de la diplomatie rwandaise et son homologue congolais, si ce n’est pas par maladresse. A travers cette invitation envoyée au Rwandais Charles Murigande, la source affirme que Kinshasa entend le raffermissement et la consolidation des relations entre les deux pays. Le Rwanda n’attendait pas se le faire dire. Ce pays savait bien que cette « visite de travail » comporterait cet agenda, et qu’il lui fallait mûrir profondément cette « visite » avant que son ministre, et pas n’importe lequel ni n’importe qui, Charles Murigande, daigne faire mouvement vers ce pays qui n’a pas que d’éloges à faire au sien. Le Rwanda est parmi les pays qui auront marqué l’histoire contemporaine de la République démocratique du Congo, dans le mauvais sens. Guerres, pillages des ressources naturelles, complicité avec les ennemis de la Rdc, et autres événements sombres connus par ce dernier pays depuis onze ans portent d’une manière ou d’une autre le sceau rwandais. Ce pays a soutenu des rebelles et des rébellions qui ont éclaté dans l’Est pendant tout ce temps, et est aujourd’hui indexé dans l’activisme du général déchu Laurent Nkundabatware qui aurait ses bases arrières au Rwanda. Ce qui est vrai et incontestablement attesté, c’est la présence des citoyens rwandais au sein de la troupe de cet insurgé qui, au moment où il a été déstabilisé après son occupation de la vielle de Bukavu, avait trouvé asile au Rwanda. Et c’est de là évidemment qu’il est revenu au Congo avant de relancer de nouveau sa campagne de déstabilisation de l’Est. Que Mbusa Nyamwisi improvise une conférence de presse face à un seul journaliste, diffusée hier soir dans la soirée sur la chaîne nationale, le spectre du Rwanda planait au point d’avoir droit à une bande passante au bas de l’écran. Sans reconnaître le report de la visite du Rwandais, l’information qui a défilé pendant quelques instants annonçait cette visite pour août 2007.
Conscience chargée ou remords ?
L’opinion peut bien s’interroger la raison pour laquelle le ministre rwandais a pu ajourner sa visite en République démocratique du Congo. Se reproche-t-il quelque chose ou a-t-il plutôt une conscience chargée devant tous les méfaits que son pays fait endurer à son voisin ? Ou peut-être a-t-il post-posé le voyage pour mieux se préparer aux réponses à fournir aux questions « accablantes » auxquelles il sera soumis par les autorités congolaises. Que ce voyage ait lieu en juillet ou en août prochain, il serait probablement la résultante du défilé des diplomates tant de l’Union européenne, du Conseil de sécurité de l’Onu, de la Belgique que d’autres institutions internationales. Tous ont craint une nouvelle guerre d’agression qui balayerait d’un trait les efforts entrepris par la Communauté internationale pour faire asseoir en Rd-Congo le processus de transition et surtout le processus électoral qui lui a coûté beaucoup d’argent. Tous ces diplomates ont fredonné à Kinshasa le refrain commun, celui de la recherche d’une solution politique aux problèmes de l’Est du pays. Tous ont dissuadé Kinshasa l’usage de la force bien qu’il se sente lésé dans la mesure où il continue à subir l’embargo en armes pendant que tous ses voisins de l’Est peuvent acheter des armes à leur guise et en faire usage quand ils le veulent. Ce « deux poids deux mesures » est intolérable dans le chef du peuple congolais qui veut vivre dans la paix et la sécurité. C’est ce qui a fait dire à plusieurs journaux de la place que ce double langage cachait une certaine hypocrisie de la Communauté internationale qui est incapable de « maîtriser » ceux qui arment Nkundabatware bien identifiés par elle.
Une solution définitive du problème est-elle en vue ?
Beaucoup de compatriotes se posent la question de savoir si la visite de Charles Murigande du Rwanda peut être le déclic vers la solution des problèmes et partant de la reprise des relations entre les deux pays. Pour peu qu’on connaisse le Rwanda, il y a lieu de douter. Outre le problème de Nkundabatware qui a créé sa propre administration, il y a celui des Fdlr qui, pour le Rwanda, a toujours menacé la sécurité de ce pays. On voit mal comment le Rwanda peut accepter la « reddition volontaire » de cet officier rebelle sans qu’il se retrouve politiquement. En définitive, les Congolais ne doivent pas se leurrer. La visite de Charles Murigande au Congo démocratique n’apportera rien au moulin face à la fermeté et à l’opiniâtreté de son président Kagame. Il ne sera pas étonnant de voir les autorités ougandaises repousser encore la date pour tisser d’autres stratégies imprévisibles.
Avenir
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